Une journée dans ma tête…

Mise en garde : ce texte contient une mention du suicide.

Trouvez des ressources pour les lignes d’assistance téléphonique en cas de suicide et de crise.

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Je ne souhaite à personne de passer une journée dans ma tête. C’est souvent dingue, avec une créativité débordante (c’est bien !) mais aussi une réflexion débordante (c’est moins bien !). Je dors avec une machine à bruit, car pour moi, le silence total est la chose la plus bruyante qui soit…

 

Mon parcours de santé mentale a atteint son paroxysme à l’adolescence, avec notamment une dépression clinique, de l’anxiété et de l’insomnie. Si l’on ajoute à cela des problèmes scolaires et familiaux, cela a culminé avec une tentative de suicide à… 16 ans ? Je ne me souviens plus très bien, cette période est un peu floue.

En fin de compte, j’ai surmonté la plupart de ces problèmes pour deux raisons :

1) la musique – la meilleure chose au monde
2) réaliser à 17 ans que je voulais aller à l’université pour faire de la radio – parce que le fait d’avoir un but à atteindre m’a sauvé la vie

Aujourd’hui, une personne d’expression anglaise de 41 ans, originaire de Halifax, en Nouvelle-Écosse, vit à Québec depuis trois ans.

À mon arrivée, j’avais un français de base : la capacité de me débrouiller en tant que touriste, mais pas de tenir une conversation complète. Pour quelqu’un qui avait l’habitude de parler pour gagner sa vie, ne pas être capable de communiquer correctement à l’oral était un véritable délire. Je me suis énormément amélioré parce que, même si je vis seul et que je travaille principalement en anglais, j’embrasse cette incroyable ville francophone et je me donne du mal pour le faire. Mais bien sûr, c’est un travail en cours : il m’arrive encore de lutter, d’être frustré, d’être traité comme une idiot par des gens (la plupart du temps bien intentionnés). Il faudra un certain temps, voire jamais, avant que tout cela ne change.

Vous savez ce qu’il y a d’amusant à penser quand il s’agit de vivre ici ? Je suis un homme hétérosexuel, blanc, cis et… je suis une minorité. Pour la première fois de ma vie, moi, membre du seul groupe démographique sur Terre qui ne soit pas victime de discrimination et/ou d’oppression, je fais partie d’un groupe marginalisé.

Lorsque les gens me félicitent d’avoir enfin dit «Y.O.L.O.» et d’avoir franchi le pas, je les remercie, mais j’ajoute que ce sont les immigrants qui sont les plus courageux. Partir de beaucoup plus loin, entrer dans une culture complètement différente, devoir changer les documents officiels et d’autres choses qui ne devraient pas être aussi difficiles qu’elles le sont, ne pas avoir de système de soutien à portée de main… c est une adaptation.

Je souffre toujours d’une bonne dose d’anxiété généralisée. Ce qui est bien, c’est que je repasse souvent les interactions sociales dans ma tête et que je me maudis lorsque quelque chose ne s’est pas forcément déroulé de manière idéale. Vous savez ce qui est encore mieux ? Cela, mais dans ma deuxième langue ! C’est génial !

Les problèmes de santé mentale touchent tout le monde à un moment ou à un autre. Ce dont j’essaie de me souvenir – en tant que simple être humain vivant sur cette magnifique planète – c’est que je ne peux pas contrôler ce que les autres font ou pensent, et c’est déjà très libérateur en soi.

Est-ce que je m’inquiète de faire mal paraître les autres d’une manière ou d’une autre ? Absolument, j’essaie désespérément de ne blesser personne. Si je tombe, personne n’a besoin de venir avec moi.

Je sais que ce qui me remonte le moral quand je suis au plus bas, c’est la musique et le rire. Au moment où j’écris ces lignes, j’écoute une chanson intitulée  » Empty Like the Ocean  » (vide comme l’océan) et je viens d’écouter  » Puits sans fond  » des Vulgaires Machins du Québec, un titre qui représente l’endroit où les problèmes de santé mentale peuvent vous envoyer. C’est probablement le moment de conclure, n’est-ce pas ?

Je vous souhaite bonne chance et je suis fier d’une chose : Même si je ne peux pas vous aider, je vous écouterai.

Merci d’avoir lu mon histoire.

 

Par Kevin Bottaro

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